« Chaque euthanasie laisse une empreinte, car nous créons des liens forts avec les patients »

L’euthanasie est dépénalisée en Belgique depuis 2002. Chaque année, près de 2900 euthanasies sont pratiquées dans le pays. Derrière ces chiffres se cachent des décisions humaines complexes, impliquant patients, familles et médecins.

Comment se déroule concrètement une euthanasie ? Que ressentent les praticiens qui l’accompagnent ? Et quels enjeux éthiques soulève cette pratique ?
Pour mieux comprendre cette réalité, nous avons rencontré le Dr Serge Blecic, chef du service de neurologie et président du comité d’éthique du centre hospitalier EpiCURA.

Une procédure strictement encadrée

L’euthanasie ne constitue pas un droit automatique mais une pratique dépénalisée sous conditions strictes. Le médecin doit connaître le patient et entretenir avec lui une relation thérapeutique durable. La demande doit être volontaire, répétée et confirmée par le patient lui-même, y compris le jour de l’intervention.

Elle n’est autorisée que dans des situations médicales précises : maladie grave et incurable, souffrance constante et inapaisable, qu’elle soit physique ou psychologique.
« La souffrance ne se limite pas à la douleur physique », explique le Dr Blecic. « Elle peut être liée à la perte d’autonomie ou à l’impossibilité de continuer à vivre dignement. »

La décision appartient exclusivement au patient. La famille n’intervient pas dans le choix, même si son accompagnement est souvent important sur le plan humain.

« Il est préférable que les proches soient informés et comprennent la démarche », souligne le médecin. « Ce sont eux qui restent après. »

Une pratique émotionnellement marquante

Contrairement à une idée reçue, les médecins ne développent pas de distance face à la mort.

« Il n’existe jamais de véritable distance », explique le Dr Blecic. « L’empathie est toujours présente. Chaque euthanasie laisse une empreinte, car nous créons des liens forts avec des patients qui remettent leur vie entre nos mains. »

Même après des années de pratique, ces situations restent chargées émotionnellement, la mort étant souvent vécue comme un moment difficile pour les vivants.

Au croisement de la médecine, de l’éthique et du droit, l’euthanasie reste une question profondément humaine, marquée par la tension entre le respect de la vie et le soulagement de la souffrance. À travers le témoignage du Dr Serge Blecic, apparaît une réalité complexe, faite de responsabilités, d’empathie et de questionnements permanents. Plus qu’un simple acte médical, l’euthanasie interroge notre rapport à la dignité, à la liberté individuelle et à la fin de vie. Des enjeux qui continueront d’alimenter la réflexion collective dans les années à venir.

Par Arwen Minet